Baudelaire et le chamanisme

Une peuplade habitant sur l’une des innombrables îles de l’Indonésie pratique une forme de « contraception spirituelle » étonnante. Dans cette culture, les jeunes ont toute liberté d’expérimenter la sexualité sans aucun tabou, celle-ci étant perçue comme un merveilleux jeu de partenaires qui, en apprenant à se donner du plaisir, développer leur sensualité et, peu à peu, dépasser celle-ci pour ouvrir les portes des expériences spirituelles tantriques. Car l’amour physique bien vécu débouche sur l’amour cosmique, la fusion de deux êtres sur tous les plans, l’unité retrouvée entre les énergies masculines et féminines en chacun.
Lorsque deux jeunes amoureux se sentent prêts à fonder une famille, ils se rendent au bord de la mer, au lever du jour, et ils annoncent à la déesse de la mer qu’ils sont prêts pour concevoir un enfant. S’ils reçoivent des signes disant que leur requête est approuvée, ils vont faire l’amour pour co-créer un enfant. Ainsi, dans cette peuplade, la contraception est totalement spirituelle. Ce n’est que lorsqu’on a reçu la réponse favorable de la mer qu’une conception est possible ! Pas besoin d’hormones de synthèse, de préservatifs ou de stérilets !
D’autres peuples naturels ont le même concept : c’est au niveau de l’âme que se prennent les décisions de vie. Il suffit donc de savoir communiquer clairement avec son âme pour choisir consciemment que l’on veut vivre.
Hélas, dans la civilisation occidentale moderne, la raison scientifique a supplanté la sagesse spirituelle et on écoute les experts plutôt que son âme. Toute l’éducation est systématiquement élaborée pour faire perdre à l’enfant sa connexion avec les messages de son cerveau droit, sa « voix intérieure » et on lui apprend à ne valoriser que les concepts que l’instruction entasse dans son cerveau gauche. Le « vrai » n’est plus « ce que l’on sent dans son cœur » mais « ce que l’on m’impose de croire intellectuellement ». N’ayant plus cette « boussole intérieure » que constitue le contact avec le corps spirituel l’enfant apprend à obéir à ceux qui ont le pouvoir extérieur : parents, professeurs, médecins …et tous ceux qui sont chargés par les dirigeants d’inculquer à la jeunesse les principes fondamentaux de la soumission aux dogmes en vigueur ! Tout un système hyper structuré est prévu pour remettre les rebelles dans le droit chemin ou, s’ils s’obstinent à vouloir vivre autrement que dans les rails des normes sociales, pour les éliminer en les parquant dans des établissements spécialisés où l’on va peu à peu les médicaliser jusqu’à ce qu’ils renoncent à toute contestation et se contentent d’une vie de zombies qui vont faire le bonheur des actionnaires de l’industrie pharmaceutique en consommant tous les jours de leur vie des médicaments neuroleptiques, surveillés du coin de l’œil par des psychiatres persuadés qu’il n’y a rien d’autre à faire ! Quand on connaît les ressources du chamanisme, comment ne pas pleurer devant tant d’inhumanité, tant de vies brisées et désorientés, tant de souffrances dues à ce matérialisme pseudo-scientifique qui a fait oublier les traditions de sagesse des nations pour s’adonner la « culture » télévisuelle !
Le drame du cerveau gauche qui veut tout analyser a été exprimé par Baudelaire (dans Les fleurs du mal ) :
TOUT ENTIÈRE
Le Démon, dans ma chambre haute,
Ce matin est venu me voir.
Et, tâchant de me prendre en faute,
Me dit : « Je voudrais bien savoir,
Parmi toutes les belles choses
Dont est fait son enchantement,
Parmi les objets noirs ou roses
Qui composent son corps charmant,
Quel est le plus doux. » – O mon âme !
Tu répondis à l‘Abhorré :
« Puisqu’en Elle tout est dictame,
Rien ne peut être préféré.
Lorsque tout me ravit, j’ignore
Si quelque chose me séduit
Elle éblouit comme l’Aurore
Et console comme la nuit ;
Et l’harmonie est trop exquise
Qui gouverne tout son beau corps
Pour que l’impuissante analyse
En note les nombreux accords.
O métamorphose mystique
De tous les sens fondus en un !
Son haleine fait la musique,
Comme sa voix fait le parfum !
Il affirme (dans Les fleurs du mal ) : « Chantre des voluptés folles du vin et de l’opium, je n’ai soif que d’une liqueur inconnue sur la terre et que la pharmaceutique céleste, elle-même, ne pourrait pas m’offrir ; d’une liqueur qui ne contiendrait ni la vitalité ni la mort, ni l’excitation, ni le néant. »
Quel dommage qu’il n’ait pas connu le chamanisme ! !
Lui qui écrivait :
Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encore brodé de leurs plaisants desseins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C’est que notre âme, hélas !
N’est pas assez hardie,
Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,
Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu’il ne pousse ni de grands gestes, ni de grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un baîllement avalerait le monde
C’est l’Ennui ! – L’œil chargé d’un pleur involontaire
Il rêve d’échafauds en fumant son houka,
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
-Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère ! »
Il écrivait encore :
Sur l’oreiller du mal, c’est Satan Trigémiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste
C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent
Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d’une antique catin
Nous avalons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons fort comme une vieille orange.
Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.
Ah, Baudelaire, poète de la souffrance et des nuits embrumées par les vapeurs des substances artificielles, mon frère ! Si tu avais pu explorer les mondes intérieurs sans le vin ni l’opium, tu aurais pu, au-delà du bas-astral où grouillent tous les jugements, les dégoûts, les hontes et les culpabilités humaines découvrir les mondes de lumière que parcourent, heureux et joyeux, les chamanes délivrés des croyances funestes qui immobilisent dans l’illusion. Si tu avais pu, au son du tambour, dépasser les glauques espaces des émotions mal gérées et des pensées limitées qui forment un monde artificiel et terrifiant, tu serais entré dans les sphères célestes peuplées d’êtres rayonnants, lumineux, sereins, magnifiques et souriants et tu aurais, à leur contact, compris l’immense beauté de la vie qui coule à travers tous les êtres vivants et dont tu as pressenti la richesse dans tes instants de clarté, hélas vite ternis par les jugements que tu ne cessais de porter sur ta vie et sur toi !
Au-dela des mondes infernaux, qui correspondent à toute la gamme des émotions humaines et à toute la palette des pensées déconnectées de l’âme et qui tournent en une sarabande échevelée porteuse de mille tourments, existent des mondes sereins, merveilleux de tendresse et d’amour, empreints de l’infinie douceur d’une vie perméable à l’intelligence divine, cette sublime sagesse qui règle la course des planètes et assure à chaque être les conditions propices à son évolution vers toujours plus de conscience !
Oh, Baudelaire, comme j’aurais aimé te connaître et te montrer les chemins de la lumière ! Comme toi, à une époque de ma vie j’ai exploré les « paradis artificiels » en consommant des substances qui ouvrent la porte à une conscience élargie de la réalité. J’ai connu les ivresses de ces mondes immatériels qui scintillent comme des diamants mais qui laissent, lorsqu’on revient dans le monde des cinq sens, une goût amer. Ces « paradis artificiels » ont été appelés les « mondes d’argent ». Ils brillent en effet mais il leur manque l’or des mondes lumineux. Ils représentent une spiritualité factice parce qu’elle est polluée par les démons du bas-astral. Pendant ce temps étrange où je m’adonnais aux substances psychédéliques j’ai exploré les abîmes de l’enfer mais j’étais obsédé par l’idée d’apprendre à pouvoir les traverser pour aller au-delà, vers les mondes du haut-astral (Je décris cela dans L’Univers des chamanes). Peu à peu j’ai compris que ces mondes ne peuvent nous prendre dans leurs filets gluants et leurs pièges tortueux que si gardons en nous des pensées et des émotions de jugement, de honte, de comparaison, de dégoût, de peur, de colère, et toutes la gamme des sentiments et des idées que l’homme forge quand oublie sa nature divine et se perd dans les labyrinthes de son intellect, ce grand menteur ! Oh, Baudelaire, toi qui écrivait :
L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes
Allonge l’illimité
Approfondit le temps, creuse la volupté.
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l’âme au delà de sa capacité.
Comme tu aurais apprécié d’aller au-delà de ces limites qui t’ont peu à peu ôté la vie ! Les substances qui ouvrent la porte à des états de conscience modifiés ne devraient, en fait, être prises que sous la conduite de chamanes expérimentés et dans leur pays d’origine.Mais la bonne nouvelle est que chacun peut créer lui-même toutes ces molécules sans être dépendants d’un produit extérieur. Notre cerveau sait fabriquer toutes les substances qui existent. Il le fait aussitôt que nous lâchons les émotions et les pensées limitées qui nous emprisonnent. Nous pouvons ainsi nous délivrer de cette souffrance si bien décrite par Baudelaire :
LA DESTRUCTION
Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable.
Parfois il prend, sachant mon grand amour de l’Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre des des philtres infâmes.
Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l’Ennui, profondes et désertes,
Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l’appareil sanglant de la Destruction !
Pour conclure je citerai Patrick Dacquay (dans Renaissance du chamanisme occidental) :
« Mettre en œuvre le principe antique « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux », c’est accepter de descendre au plus profond de ses entrailles, au plus profond de la terre, pour s’expliciter à soi-même les causes inconnues ou refoulées de nos comportements irrationnels, de nos peurs ataviques, de nos difficultés parfois insurmontables. C’est tout un processus de nettoyage qui se met en place, mais il est prudent de ne pas obéir à la simple curiosité, de n’entreprendre une telle recherche qu’après avoir acquis une solidité certaine et d’y être guidé au départ par des personnes expérimentées. Car ce n’est pas de l’eau de rose ! Découvrir que l’on porté en soi la mémoire cellulaire d’un assassin ou d’un proxénète, que l’on a vécu des drames, des maladies, des traumatismes, n’est pas anodin. C’est certes le lot commun de l’humanité depuis la nuit des temps, mais nous l’avons soigneusement camouflé, nous avons refusé très longtemps de le percevoir. (…) Notre mémoire cellulaire a enregistré les événements passés qui nous sont personnels, d’autres qui viennent de notre lignée ancestrale. Mais elle est aussi porteuse d’une mémoire collective qui est celle de toute l’humanité, celle du cosmos depuis sa création. Ce qui revient à la surface se doit d’être exorcisé, compris, dépassé, réparé. Tâche ardu, difficile, dangereuse, pleine de périls qu’on ne perçoir pas au départ. Mais quelle délivrance, quelle joie, quelle guérison véritable lorsque l’effort est accompli, menée à terme ! C’est alors qu’une autre vie se fait jour, qu’une naissance d’autre chose se produit et qu’enfin la « vraie vie «  commence .(…) Dans notre société, l’énorme majorité des êtres pauvres, malades, tristes, ne sont pas conscients que c’est leur choix qui les rend ainsi ! Dure vérité que l’on ne peut toujours exprimer sans rendre furieux ceux pour qui c’est toujours « la faute des autres « ! (…) La voie chamanique est naturelle, fluide, aisée. Il n’y a rien à apprendre. Il suffit, dans sa tête, de s’autoriser à vivre ! Il suffit de développer sa sensibilité. Etre dans son corps, dans sa terre, dans le ressenti permanent des vibrations, des énergies, de la vie tout simplement. La réceptivité permet de savoir ce qu‘il est juste de faire pour son bien-être, sa santé. Il n’y a nul besoin d’analyser, de disséquer, de se « prendre la tête ». On sait naturellement ce qui convient, on sait changer son régime alimentaire, se lécher, boire ce qui nous convient et éventuellement son urine, partir en quête de vision… Du moins est-ce vers ce but qu’il faut tendre en tirant les leçons de chaque expérience, en vérifiant concrètement ses hypothèses, en jouant le jeu des remises en question permanentes, en ne s’intéressant réellement qu’à ce qui est opératif. Ainsi passe-t-on d’une existence pensée à une existence vécue. »
Extrait de “Le pouvoir des chamans” de Tal Schaller, éditions Trédaniel
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