Extrait du livre “La chamane sauvage”

takariva mahatsara vahiny

Je continuais à venir chez les chamanes et apprenais une foule de chose des plus simples au plus folles. De l’une des deux fenêtres de leur maison qui donnaient sur le fleuve et quelques rizières, je voyais ce jour-là un splendide coucher de soleil. D’un rose délicat, il imprégnait les traits de gens d’une douce beauté qui me fascinait. C’est pourquoi on appelait ces moments chez nous des « takariva mahatsara vahiny » ou « des couchers de soleil qui rehaussent et embellissent les traits des invités. »

On frappa à la porte et une jeune femme que j’avais déjà vue venir ces derniers temps apparut devant la porte. Son ventre était cette fois, beaucoup plus gros qu’auparavant et elle avançait péniblement. La plus vieille des chamanes lui dit alors en lui caressant le ventre : « Alors comme ça, il ne veut toujours pas venir ce petit coquin ? » Comme si lâcher un seul son pouvait lui être fatal, la femme se contentait d’acquiescer avec sa tête.
Après avoir échangé des regards furtifs entre eux, chaque chamane a choisi un rôle. J’avais remarqué qu’ils ne faisaient pas toujours la même chose même si certains étaient plus spécialisés que d’autres. Tandis que la doyenne des chamanes lisait la surface d’une eau dans une assiette et la secouait en créant des motifs très précis avec ses doigts pour avoir d’autres informations, puisqu’apparemment ce qui était écrit ne lui convenait pas, ma tante partait à l’extérieur pour revenir avec des brins d’herbe et de l’eau. En attendant, la femme de mon oncle scandait un chant mystérieux composé de toutes sortes de sifflements doux et aïgus, en invitant de la tête la femme enceinte à s’allonger sur la magnifique natte de cérémonie qu’elle avait spécialement déroulée sur le côté gauche. Puis, tandis que les hommes jouaient distraitement de la musique en ayant l’air de ne pas être présents physiquement, la femme se mit à parler au bébé comme s’il était déjà présent dans la pièce. Pourtant, par moment j’avais le sentiment qu’elle parlait une autre langue puisque je ne pouvais pas toujours comprendre. Enfin, elle posa ses mains sur le ventre rond et sa voix devint d’abord si forte que la maison tremblait. Et ce pendant plusieurs minutes. Puis, elle adoucit sa voix, dans une tendresse infinie. Elle ne négligea pas non plus la maman puisqu’elle la regardait droit dans les yeux, ce qui a relaxé son corps et lui a permis de pleurer doucement, en tenant son bas ventre avec ses mains. C’est à ce moment précis que la chamane demanda à la femme de bénir l’enfant et d’ouvrir se mains, avant de tourner son regard vers un homme si triste et si malheureux que je n’avais jamais remarqué auparavant et qui était accroupi dans un coin sombre. J’ai compris qu’un pan de réalité s’était ouvert pour nous permettre de le voir. Pourquoi de bébé tardait à naître devint évident. Il hésitait à venir au monde parce que son père avait trouvé la mort dans une lutte autorisée (la lutte est un sport très prisé des Antanosy et bien des hommes le pratique pour se sentir valeureux et accroître son pouvoir de séduction) et que sa mère, bien que très aimante et très présente avec certaines de ses SPPA, était malheureuse et suicidaire avec d’autres. Elle s’était remariée très vite avec un homme qui était bon mais qu’elle n’aimait pas. Déjà enceinte, elle était en proie à des cauchemars que ces chamanes essayaient de dissoudre depuis des mois. Sans s’en rendre compte elle-même, cette femme profondément révoltée par son destin ne voulait, en fait, ni vivre ni avoir de bébé avec lequel, pourtant, elle parlait aussi déjà beaucoup … Si elle était contente avec ce bébé dans ses facettes de « parents de l’Univers » qui respecte et aime la vie ainsi que dans sa facette de « sœur » spirituelle et même d’« amie », elle ne voulait pas de lui dans sa SPPA « amante » et « mère » puisque sa présence la gênait et lui rappelait trop sa misère. Quelle ambivalence étonnante, n’est-ce pas ?
D’un geste sec, la doyenne des femmes a fait un signe aux hommes de saisir la femme et de la transporter cinquante mètres plus loin, à l’ombre des bananiers, au bord du fleuve. Puis, elle a bondi comme un cabri, malgré son grand âge, pour arriver avant eux sur le lieu et pour avoir le temps de parler avec la nature et de faire ses préparatifs. A une vitesse incroyable, elle a coupé quelques feuilles de bananier, avec l’aide des autres femmes, et les a étalées par-dessus des feuilles de citronnelle séchées mélangées à d’autres plantes très parfumées qui servent à éloigner les insectes et les moustiques quand on les fait brûler. Le corps de la femme a été ensuite allongé délicatement dans un sens très précis qui tenait compte des astres et de divers facteurs géobiologiques. Je ne comprenais pas tout mais j’étais impressionnée par le sentiment d’avoir affaire à une science très subtile. Puis, alors que la doyenne parlait à des êtres invisibles, les dernières feuilles de bananiers sont venues toutes seules recouvrir le corps de la femme, comme si une petite brise intelligente était venue arranger le coup par miracle ! Mais, comme je voyais s’activer les élémentaux, je ne n’étais pas dupe. Ils remplissaient aussi d’eau fraiche du fleuve les pots de terre que les autres chamanes avaient apportés. Quand tout fut prêt, un liquide un peu sombre coula entre les jambes de la femme et ce fut la fin des préparatifs puisque la femme s’est mise à accoucher tranquillement, sans aucun cri. C’est fut si rapide que je n’ai même pas eu le temps d’être surprise. La doyenne des chamanes a accueilli dans ses mains un superbe bébé qui gigotait énergétiquement en faisant des petits bruits charmants. Elle l’a d’abord placé sur la poitrine de la mère. C’était très émouvant. Puis elle a repris le bébé et l’a délicatement lavé avec l’eau fraîche parsemée de fleurs de pervenche et de graines que je ne connaissais pas. Comme elle a commencé par sa tête, cela m’a rappelé des souvenirs de baptême et je me suis demandé rapidement si cet acte sacré ne venait pas directement du chamanisme !
Un fois le bébé propre, la doyenne a levé le bébé pour le tendre au père, qui était apparu dans le ciel, rayonnant de joie, le visage illuminé d’un grand sourire tendre. Sans pouvoir vraiment saisir l’enfant, il bougeait en regardant dans une direction que la vieille chamane a suivi des yeux. Elle marcha donc à ses côtés, le bébé toujours dans ses mains, jusqu’à ce que l’homme s’asseye à côté de la tête de la femme encore couchée. Pour la première fois, celle-ci put voir son mari décédé qui lui souriait tendrement. De l’amour coulait entre eux et sur l’enfant, en le recouvrant d’une vive lumière argentée. Enfin, en invitant la chamane à remettre le bébé sur la poitrine de la femme et en les entourant tous deux de ses bras de lumière, le père remercia tout le monde. Les larmes aux yeux, nous étions empreints de bonheur et de reconnaissance. J’étais très émue car c’était la première fois qu’un « patient » me remerciait autant que les autres chamanes alors que je n’étais qu’une apprentie. Dire que c’est un fantôme qui m’a le premier témoigné sa reconnaissance. La vie d’une chamane en herbe est vraiment surprenante ! L’un des chamanes qui ne m’avait encore jamais adressé la parole a dit en me regardant : « L’acte le plus important que nous devons tous apprendre à faire sur Terre est d’accueillir ceux qui décident de s’incarner parmi nous. Pour cela, nous devons ménager tous les jours un petit espace de fête, dans la conscience et la fraternité, pour souhaiter la bienvenue à ceux qui viennent nous rejoindre. Les êtres qui sont accueillis de la sorte seront forts et aimants car ils garderont en mémoire ces accueils chaleureux! Au lieu de cela, la plupart des êtres humains naissent dans l’indifférence et l’inconscience des parents et de la société. Leur naissance est alors un vrai traumatisme, qui va marquer de façon durable leur existence sur terre ! L’enfant, avant de descendre dans le ventre de sa mère et pendant tout son séjour dans ce ventre, perçoit tout ce que pensent et ressentent sa maman, son papa et ses proches. Nous devons donc constamment tenir compte de ces êtres qui sont de grandes âmes comme nous tous, dotés d’une conscience plus spirituelle que la nôtre… »
Puis, après avoir regardé chaque chamane, il rajouta en se tournant encore vers moi : « Tu es maintenant en pleine formation même si cela n’a jamais été verbalisé. Qu’importe si tu es là tout le temps ou pas. Qu’importe ce que tu deviendras lorsque tu seras grande. Petit à petit, tu comprendras le sens de nos actes. Tu saisiras au fur et à mesure de ton épanouissement tout ce que tu vois en notre compagnie. Nous voyons arriver des énergies de lumière arc-en-ciel et les accueillons en nous émerveillant de les voir former des corps avec lenteur ou se décomposer pour mieux se réajuster ailleurs ! Aujourd’hui, tu as pu comprendre que ce n’est pas toujours parce que le bébé refuse de venir au monde que certains accouchements se passent mal. Il peut s’agir d’un parent en désaccord avec quelque chose, voire même les deux parents, sans qu’ils en soient conscients ! Dans ce cas la mère était convaincue que c’était l’enfant seul qui résistait à venir… Mais il est vrai que beaucoup d’enfants peuvent refuser de naître dans une famille sans chaleur, sans joie ni conscience. Ils peuvent retarder leur venue de plusieurs jours, en rendant l’accouchement difficile ou décider carrément de naître mais changer d’avis par la suite en provoquant ce qu’on appelle la « mort subite du nourrisson ».

 

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